Pourquoi un retour à la Nature ne nous sauvera pas

Essai sur le modèle économique optimal

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L’évolution du chiffre d’affaires d’Amazon depuis 2004 : x40 en 16 ans. Vers l’infini et au-delà ? Source : Statista

En somme, à l’aune d’une crise écologique sans précédent, peut-on et doit-on s’inspirer de l’organisation du monde naturel ?

En guise de préambule, il est bon de donner quelques précisions sur le modèle économique dans lequel nous nous inscrivons aujourd’hui. La majorité des pays occidentaux vivent dans un capitalisme libéral.

Comment se comporte l’Homme à l’état naturel ?

Pour répondre à notre question, il faudrait commencer par établir l’état “fondamental” de l’Homme, le comportement que nous avons “par défaut”. Grâce à cette base, nous pourrions ensuite déterminer dans quelle mesure il faudrait s’en inspirer.

Cet adorable bébé n’est-il souriant que parce que la société ne l’a pas encore corrompu ? Photo by Filip Mroz on Unsplash

L’humain n’est pas plus mauvais que les autres animaux

Selon Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, nous ne serions pas “naturellement” mauvais ou excessifs. En fait, nous aurions artificiellement créé un mythe autour du soi-disant égoïsme de la nature et de l’être humain.

La richesse généralisée favorise l’égoïsme

En fait, ce serait l’hostilité du milieu qui influerait principalement sur l’ouverture aux autres des individus. Un environnement impitoyable force les individus à coopérer s’ils veulent s’en sortir ; à l’inverse, l’abondance ouvre la porte au chacun pour soi.

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Qu’est-ce qu’un monde “naturel” ?

Le problème -parce qu’il faut qu’il y ait un problème, sinon il n’y aurait pas d’article, c’est que ce raisonnement tend à idéaliser un peu la Nature. Voyons donc les limites de l’argumentaire de nos deux chercheurs.

La Nature est un concept imaginaire

Dans le contexte actuel, nous entendons par monde naturel les espaces préservés restants de notre écosystème : les forêts, montagnes, eaux profondes et autres rivières où l’impact de la civilisation se fait moins sentir qu’en ville. La Nature, c’est de manière schématique “ce qui n’est pas humain”.

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Le mythe de “l’Homme naturel”

Ensuite, qu’entendons-nous par « l’Homme naturel » ? Il nous est aujourd’hui assez difficile de séparer l’humain de son environnement, et inversement. Parle-t-on de l’Homme avant le capitalisme ? A l’Antiquité ? A la Préhistoire ? L’Homme sans sa culture ? Nous ne sommes plus soumis aux mêmes règles que les animaux depuis au moins huit millénaires, quand l’Homme a pu établir ses propres cultures de céréales et ainsi s’affranchir de la chasse. (Bien que cela ne lui ait forcément été directement bénéfique).

Pas de morale dans la Nature

Pour compléter cet argument, nous pouvons réfléchir à l’angle moral de la question d’imiter la Nature. Pourquoi ne pas malgré tout la prendre pour exemple, même en admettant que cette dernière est un concept assez biaisé ? Nous sommes des animaux après tout, n’est-ce pas normal de chercher à reproduire un fonctionnent naturel ?

Le Tigre ou l’Homme : qui est le plus cruel ? Sawarabi: En Chine, Wu Song l’Ascète — Utagawa Kuniyoshi (1855)

Revoir notre conception de la Nature

Ainsi, on peut proposer une réponse préliminaire à la question d’imiter la Nature en redéfinissant le concept même de Nature.

Un monde à notre image

Une des caractéristiques de l’humain est son impact sur le monde. Aucune autre espèce que nous ne s’est autant approprié l’espace dans lequel il évolue. En fait, nous sommes radicalement différents du reste de l’écosystème, et c’est pour cette raison que nous ne devrions pas nous attacher à nous en inspirer.

Les vainqueurs l’écrivent, les vaincus la racontent

Ce n’est pas parce que le monde naturel (par opposition au monde humain) est basé sur un modèle que l’Homme est supposé le suivre. Nous agissons selon une logique différente, une logique bien à nous. Il suffit de regarder notre comportement au cours de l’histoire.

Un système économico-politique comme extension de notre désir de conquête

La citation du début opposait la recherche du point d’équilibre dans la nature et du point d’expansion pour l’humain. Finalement, la comparaison n’est peut-être pas si pertinente. Et si l’Homme n’était pas conçu pour la stabilité, mais pour la conquête ?

La question du progrès

S’il fallait un autre argument dans ce sens, nous pourrions montrer qu’il existe encore une divergence entre la nature et l’être humain : le progrès.

L’Homme et ses besoins

En outre, tous les hommes ont plus ou moins les mêmes besoins décrits par Maslow : se sustenter, être à l’abri, rechercher le plaisir.

La lutte permanente serait la norme ?

Étant donné que nous ne pouvons produire qu’en quantité limitée, une lutte permanente s’installe. Nous sommes, par nature, poussés vers la compétition entre pairs.

La lutte permanente ? Photo by cloudvisual.co.uk on Unsplash

On a le système qu’on mérite

L’humain s’est extrait de sa condition d’animal à coup de progrès cognitifs puis techniques, s’éloignant toujours plus de l’environnement qui l’a vu naître. Nous ne dépendons plus d’éléments qui nous dépassent. Nous avons changé les règles du jeu.

L’amélioration est toujours souhaitable

Nous avons vu que le fonctionnement de la Nature était intrinsèquement différent du nôtre, l’histoire ayant démontré que nous ne sommes pas faits pour l’équilibre. Loin de s’inscrire dans le respect de son écosystème, que les animaux suivent par instinct ou sélection naturelle, l’Homme trace sa propre voie en se préoccupant peu des dégâts collatéraux.

Pour un capitalisme vert

En somme, la question qui se pose est encore ouverte.

Cherchons alors à améliorer au mieux son fonctionnement, réduisons les inégalités, inventons de nouvelles façons de produire de l’énergie, recentrons-nous les uns sur les autres.

À cet égard, la Nature peut d’ailleurs être une excellente source d’inspiration d’un point de vue technique comme philosophique, nous permettant de sortir de notre nombrilisme habituel.

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