Le TMB en 6 jours — Des Houches à Chamonix

Achille Morin Lemoine
21 min readSep 9, 2021

170km en autonomie autour du Mont Blanc

Bon résumé des panoramas du séjour

Le texte qui suit est tiré de mon journal de bord du 21 au 29 août 2021, semaine durant laquelle nous sommes partis à l’aventure avec mes amis et associés Paul-Henri (aka PH) et Louis. Cet article n’a pas vocation à servir de référence pour préparer un TMB, mais simplement d’emmener les lecteurs et lectrices avec nous. Vous trouverez à la fin du journal une liste de notre matériel, qui en aidera peut-être certain.e.s. Bon voyage !

Jour 1 — Du Départ aux Contamines

  • Distance : 15km
  • Temps de marche : 3h30
  • D+ : 900m
  • D- : 870m
  • Altitude max. : 1670m
  • Calories dépensées : 1800kcal
Trois vainqueurs sous le panneau du départ

Départ 6h50 gare de Lyon, tous les trois excités par le début de l’aventure. Petite frayeur quand le pass Navigo de Louis refuse de débloquer son Vélib. Il se débrouille avec une Dott, et nous sautons dans le train de justesse.

L’objectif du séjour est simple : arriver à Chamonix à temps pour le départ de l’UTMB, qui a lieu 6 jours plus tard. En voilà du défi !

Après un changement à St Gervais, nous arrivons aux Houches sur les coups de 13h par un train vitré absolument charmant. Nous avons la bonne idée de célébrer notre dernier vrai repas de la semaine avec un burger, dont nous regretterons peut-être la consistance plus tard dans la montée pour le col de Voza.

Ça grimpe sec sous le soleil, mais l’ascension se fait sans encombres. Le col offre une vue dégagée sur le refuge du Goûter, et est d’ailleurs un des arrêts du délicieux tram du Mont Blanc qui y monte.

Vallée gorgée de soleil dans l’après-midi

Nous compensons immédiatement après le dénivelé positif par la longue descente vers les Contamines, à 1000m d’altitude environ. Les chemins forestiers pour y parvenir sont charmants.

Faute de mieux, le campement est établi dans un terrain vague au milieu du village, entre une maison et un champ. Nous sommes agréablement surpris par la facilité d’utilisation et de montage des tentes. Déjà fatigués par ce premier après-midi d’efforts, nous ne demandons pas notre reste après le lyophilisé qui constitue notre dîner. Au lit !

Jour 2 — Ça grimpe sec jusqu’à la Balme

  • Distance : 25km
  • Temps de marche : 8h30
  • D+ : 1500m
  • D- : 1000m
  • Altitude max. : 2500m
  • Calories dépensées : 4800kcal
Début du Jour 2

Lever à 6h30 après une nuit pluvieuse mais reposante (11h tout de même). Les tentes sont tout aussi faciles à plier qu’à installer, mais le temps de tout ranger, nous ne levons le camp qu’un peu avant 8h.

La matinée dans la forêt est sympathique, tout comme l’église de Notre Dame de la Garde que nous visitons. Nous rencontrons un groupe équipé d’un mulet que nous croiserons par intermittences jusqu’au soir. D’après la confession du guide, la bête porte quasiment deux tonnes et demi sur le dos. C’est plus de trois fois son poids ! Pas étonnant qu’elle n’en fasse qu’à sa tête dans la montée…

La vraie gagnante de l’étape

Nous grimpons ainsi jusqu’au refuge de la Balme, à 1700m d’altitude, où nous dégustons le déjeuner acheté dans un Carrefour Montagne sur le chemin. Le copieux menu (jambon blanc, Tucs et Comté) nous pousse vers la sieste, qui est tant méritée que salvatrice pour le reste de la journée.

De retour sur les sentiers à 14h, nous atteignons le col du Bonhomme (2300m) puis son homologue de la Croix du Bonhomme (2500m), sous une pluie fine mais insistante. L’ascension nous demande 2h30 d’efforts, pour lesquels nous nous récompenserons avec un chocolat chaud (à 4€…) au refuge du col.

La boisson nous requinque suffisamment pour descendre près de 1000m de dénivelés en deux heures. Des paysages herbeux et grandioses nous accompagnent sur le chemin pentu.

Les larges vallées des Alpes

Nous arrivons à Champieux, au fond de la vallée, à 19h. PH est carbonisé de fatigue et de douleur : ses chaussures se révèlent trop petites, ce qui est insupportable en descente. Nous nous installons autour d’autres tentes sur un espace de camping et résistons à la tentation d’une pizza (le prix dissuasif aidant). Nous sommes fourbus mais ravis d’être arrivés, et prêts à nous reposer.

Jour 3 — Première et seule douche au Chécrouit

  • Distance : 24km
  • Temps de marche : 6h15
  • D+ : 1530m
  • D- : 1025m
  • Altitude max. : 2500m
  • Calories dépensées : 4800kcal
Un peu plus frais ce matin

Nous commençons à avoir l’habitude des départs matinaux. Nous sommes émerveillés de sortir de la tente, la vallée est sublime au soleil levant. Nous achetons des sandwichs Beaufort / jambon de Pays et repartons pour l’aventure.

Les vues au réveil

Nous passons par la Ville des Glaciers, puis entamons l’ascension du col de la Seigne (2500m), que nous n’atteignons pas avant midi. Le déjeuner est pris un peu plus bas à l’abri du vent, sans s’attarder. La traditionnelle sieste est plus longue que d’habitude, nous la prenons au soleil au bord du sentier. Au fait, nous sommes maintenant en Italie !

Le chemin de montagne laisse place à une majestueuse vallée dont nous atteignons le lit et le torrent qui y est niché. S’en suit un long passage à plat très touristique, les italiens ne travaillant apparement pas le lundi. Nous reprenons ensuite les hauteurs au niveau du lac Combal, et il nous faut encore une heure pour atteindre le point culminant du parcours (2500m). Nous croisons quelques trailers sûrement en reconnaissance pour une des courses de la semaine.

En haut du col de la Seigne / Un peu plus bas dans la vallée

Les paysages sont à couper le souffle et nous motivent à avancer. Nous suivons le flanc Est du massif, sur lequel nous bénéficions d’une vue privilégiée. Les proportions des parois rocheuses donnent le tournis, tout comme les nombreux cours d’eaux qui s’y fraient tant bien que mal une voie.

Le genre de paysages qui met du baume au cœur

Il nous faut encore une heure pour finalement atteindre le lac de Chécrouit, notre destination. Même si les chemins traversés sont magnifiques, nous sommes bien contents de poser la tente plus tôt qu’à l’accoutumée, vers 18h30.

Nous installons cette dernière dans le replat d’une large piste de ski, à l’abri de la piste principale. Officiellement, une loi italienne interdit les campements en dessous de 2500m. Officiellement

Nous profitons du point d’eau voisin pour laver nos affaires, et je pique même une tête dans l’eau glaciale. Ce que la sensation peut faire du bien ! Je me savonne rapidement pour me donner bonne conscience, avant qu’un groupe de nordiques (moins pudiques que nous) nous rejoigne et se jette également à l’eau. Nous ramenons notre lessive au camp et l’étendons sur les conifères avoisinants.

Baignade rafraîchissante / Dormir sur une piste de ski

Le dîner est festif grâce à la dégustation du seul dessert lyophilisé que nous avons emporté : un crumble aux pommes dont nous nous délectons. Ce soir nous sommes en tête-à-tête avec la montagne, avec des belettes qui jouent dans les pierres pour seul dérangement. Une fois rassasiés, tant du repas que du cadre pittoresque, nous gagnons nos pénates et sombrons dans le sommeil du juste.

Jour 4 — Retour temporaire à la civilisation à Courmayeur

  • Distance : 29km
  • Temps de marche : 7h30
  • D+ : 1510m
  • D- : 1730m
  • Altitude max. : 2200m
  • Calories dépensées : 5200kcal
Départ dans les nuages au dessus de Courmayeur

Au regard de notre horaire de coucher très raisonnable, nous avons établi un réveil plus avancé que la normale : 6h. Une tente trempée réduit considérablement notre avance, mais nous partons finalement d’un bon pied vers Courmayeur. Il nous faut traverser la station de sports d’hiver, qui a des airs de ville fantôme en cette période.

Il faut descendre tout en bas !

Nous fustigeons le téléphérique qu’empruntent de nombreux marcheurs pour effectuer la descente. Cette dernière est raide quoique agréable, et serpente dans une forêt vers le Chamonix italien. Après 2h30 de marche particulièrement désagréables pour Paul-Henri, dont les chaussures ne se sont pas agrandies avec le temps, nous arrivons à Courmayeur.

Un café-croissant plus tard pour célébrer le retour temporaire à la civilisation et nous voilà en quête de chaussures et de nourriture, car nos réserves s’amenuisent. PH trouvera son bonheur dans une boutique du centre-ville, où Louis et moi-même nous offrons un Buff aux couleurs du parcours.

Louis s’offre un Buff, Achille s’offre un Buff, et PH… jette ses chaussures

Nous perdons beaucoup de temps à trouver un supermarché ouvert et surtout pas hors de prix, les lyophilisés à 12€ croisés dans les boutiques spécialisées étant exclus. Après avoir trouvé la perle rare et réalisé quelques emplettes, nous repartons vers le refuge Bertone.

Le changement de chaussures est d’un apport considérable pour Paul-Henri, qui gravit la montée pourtant corsée sans coup férir. Après avoir regagné une vingtaine de minutes sur notre retard de deux heures, nous déjeunons avec une vue somptueuse sur les hauteurs de Courmayeur. Nous reprenons rapidement les sentiers, bien décidés à parvenir au refuge d’Elena -juste avant la Suisse.

Tentative de panorama pour montrer le paysage à 360°

L’après-midi alterne entre deux rythmes : soutenu sur les chemins aux décors variés, faisant face au massif que nous pouvons admirer sous tous les angles ; et plus modéré suite aux divers bobos de Louis au genou et au pied. Nous passons la première étape de notre route, le refuge Bonatti, puis continuons sans tarder.

On ne se lasse pas des vues…

Vers 18h, nous descendons dans la vallée située 300m plus bas après un trajet relativement plat depuis le déjeuner, où nous sommes confrontés à plusieurs choix. Ne pouvant bivouaquer à Elena (en dessous des 2500m réglementaires), il nous faut prendre un bus vers un obscur camping, planter la tente dans la forêt précédent la montée vers le refuge, ou bien tenter notre chance là-bas. C’est cette option qui est finalement retenue, et après 45 minutes de dur labeur, nous parvenons à Elena.

Un chocolat chaud aidant, nous sympathisons avec les résidents et la patronne, qui nous conseillent de nous installer en dessous du refuge, à l’abri du vent. C’est donc épuisés mais fiers de notre journée plus qu’honorable que nous montons les tentes et dégustons nos derniers lyophilisés, avant de nous coucher à l’horaire tardif de 22h15.

La tente sur le rebord d’une falaise : trop fatigués pour avoir le vertige

Jour 5 — La Suisse ressemble à la Suisse

  • Distance : 27 km
  • Temps de marche : 7h
  • D+ : 850m
  • D- : 1600m
  • Altitude max. : 2530m
  • Calories dépensées : 5250 kcal
Photo quotidienne prise à 13h au lieu de 8 (on avait oublié)

Journée difficile. Le réveil à Elena à 7h nous trouve fatigués d’une nuit trop en pente. Nous partons malgré tout bon pied bon œil pour le du Grand col Ferret (2530m). 1h30 d’ascension assez ardue pour atteindre le mythique passage de l’UTMB, que nous trouvons dans les nuages. Impossible d’apercevoir le Mont Blanc, qui devrait pourtant se trouver là. Tant pis, le vent frais nous pousse sur les pentes herbeuses plus clémentes du pays helvète. Car oui, le col tient également lieu de frontière avec la Suisse.

L’ascension du col Grand Ferret / Des champions au sommet

Les mauvaises nouvelles commencent à cet instant, puisque Louis et PH déclarent quasiment simultanément des maux de genoux assez importants. Malgré le dévers faible qui court sur des kilomètres, les deux éprouvent de grandes difficultés à marcher. Seule consolation : le paysage suisse superbe, constitué d’une immense vallée verdoyante, bien entourée par les pics majestueux des montagnes environnantes. Ayant davantage l’habitude des vues plus encaissées des Pyrénées, je me régale -comme tout au long du périple d’ailleurs.

Des vallées, toujours des vallées

Nous arrivons tant bien que mal au fond de la vallée, avant de reprendre la route vers la Fouly. Là encore, nous traversons de mignons chemins de terre en suivant un torrent rieur qui joue au pied des conifères. Une fois à la Fouly, nous faisons quelques courses et déjeunons pour réfléchir à la suite. Paul-Henri ne se sent définitivement pas de parcourir les 18km et 300m D+ qui nous séparent de Champex-Lac (prononcez “Champé”). Nous décidons donc de nous séparer pour l’après-midi et de le laisser prendre un bus qui l’y conduit directement. Nous reprenons la route avec Louis, encore dans la forêt.

Le sentier qui monte sur Champex en 3h30 et sûrement l’un des plus beaux de tout le tour. Il est surtout des plus agréables pour les trailers : des pistes de terre ombragées, très peu de montées, au cœur d’une nature vierge magnifique, le tout avec pour toile de fond les massifs environnants qui offrent un cadre rassurant. Nous traversons des villages typiques, sans y croiser personne. Le cliché suisse est évidemment présent, avec de nombreux chalets en bois affublés du drapeau national. Le dernier tiers du trajet monte plus franchement, mais nous finissons par rallier Champex en fin d’après-midi.

Les deux types de chemins sur cette étape : forêt et fond de vallée

Nous y retrouvons PH, qui nous apprend que des compagnons de route qu’il a recroisé se sont avérés médecins, et ont pu ausculter son genou. Verdict : il doit se ménager et porter une genouillère. Nous passons de nouveau dans une supérette pour faire le plein en vue du dîner. Le repas que nous constituons n’a aucune cohérence mais présente l’avantage d’être calorique, ce qui nous suffit amplement.

En cherchant une place pour bivouaquer hors des campings payants (le bivouac sauvage est interdit en Suisse), nous tombons sur un bénévole de l’UTMB qui nous indique un endroit assez plat, légèrement caché de la route, et doté d’une table de pique-nique. Le dîner expédié et la tente montée dans le noir par crainte de se faire prendre, nous nous couchons enfin. En espérant que la situation s’arrangera demain…

Un dîner qui ne rime à rien

Jour 6 — Enfin le Mont Blanc (et la France) !

  • Distance : 28km
  • Temps de marche : 6h45
  • D+ : 1800m
  • D- : 1800m
  • Altitude max. : 2200m
  • Calories dépensées : 4900 kcal
Départ du Jour 6 dans la forêt suisse

Une journée très longue, et riche en rebondissements. Nous nous réveillons frais malgré le réveil à 6h, que nous avons pensé pour déguerpir le plus vite possible sans se faire repérer par la maréchaussée suisse. Mauvaise nouvelle cependant : les genoux de mes deux compères ne se sont pas arrangés. C’est donc en boitillant que nous nous mettons en route vers les Bovines.

Si le début du tracé chemine en fond de vallée calme comme la veille, l’ascension vers les hauteurs dans la forêt rend notre progression plus complexe. Dire que notre objectif se situe à plus de 2000m d’altitude !

De bon matin

Une de nos pauses est interrompue par quelques coureurs avec des dossards, puis de nombreux autres. C’est l’OCC (Orsières-Champex-Chamonix, 56 km) qui a commencé ce matin. Toute la matinée nous sommes ainsi dépassés par 1200 trailers de tous niveaux, que nous ne manquons pas d’encourager systématiquement en leur laissant la place pour passer.

Une d’entre elles chute d’ailleurs violemment en descente alors que nous sommes déjà plus loin. Je demande à Paul-Henri de continuer à avancer, et cours m’enquérir de l’état de la coureuse. La pauvre a visiblement le nez cassé, et semble plus préoccupée par sa performance à la course que par sa blessure. Et je la comprends, une anglophone comme elle doit venir de loin pour concourir. Aidé du bénévole de l’UTMB appelé en renfort, nous la sécurisons du mieux possible avec de l’eau, de la nourriture, et des mouchoirs.

Quand un coureur colombien apparement médecin passe pour nous donner son pronostic, le jugement est sans appel. La jeune femme doit se rendre à l’hôpital au plus vite. C’est la mort dans l’âme que je la laisse repartir vers Champex, dépitée mais accompagnée du volontaire.

Suite à cette mésaventure, je repars à l’assaut de la pente toujours occupée par les sportifs, pour retrouver mes compagnons. Nous montons ainsi jusqu’au point culminant pour casser la croute, en mettant un peu plus de temps que prévu. Normal, au vu des deux énergumènes qui boitent derrière moi.

Le trajet vers le col de la Forclaz se déroule de la même manière, lentement, même s’il ne dure que 3km. PH et Louis éprouvent encore plus de difficultés en descente, donc nous y allons gentiment. L’arrivée à Forclaz (1400m) est un soulagement pour tout le monde.

En contrebas / Au dessus. Il faut grimper !

Alors que nous nous cassons la tête pour trouver un moyen à mes deux amis de rallier la France sans marcher, la chance nous sourit. Un homme entend apparement nos discussions et nous propose son aide. Avec 4 TMB à son actif rien que depuis juillet, il connait bien le coin, et propose à Louis et PH de les amener en voiture jusqu’à la ville du Tour, où je pourrai les retrouver. Je les abandonne donc avec ce monsieur et prends la direction de Trient seul. Heureux de pouvoir utiliser mes jambes à ma guise, je cours dans la descente jusqu’au village, puis entame l’ascension du col de Balme.

Le dénivelé est rude (1000m D+), mais je suis motivé. Je suis témoin du changement progressif de végétation qui passe des champs dans la vallée, aux sous-bois, puis à la forêt de conifères pour finir sur la flore rase qui seule pousse en altitude. Après 1h30 d’efforts, j’atteins la Balme (2200m). Une surprise de taille m’y attend : une vue imprenable sur le Mont Blanc parfaitement dégagé, que nous n’avions jamais vu jusqu’alors.

Oui oui, c’est bien le Mont Blanc juste au dessus de ma tête

Après un temps de contemplation, je reprends le chemin vers le Tour, par une variante du TMB. Je cours tout du long et surtout tout sourire, en admirant la vue sur le massif immaculé. Je ne m’aperçois pas que mon matelas glisse de son attache avant la fin de la descente, où je retrouve mes deux comparses. Dépité, je repars à l’assaut de la Balme pour retrouver mon précieux, mais la chance m’entend à mon tour. Un groupe de randonneurs l’a récupéré, et je reviens au Tour ravi.

De là, PH et Louis me racontent l’incroyable histoire de Pascal, leur sauveur, qui leur a conté sa connaissance du TMB. Il l’a déjà fait onze fois au total, et il trouve dans ce périple l’ambiance et les paysages qu’il affectionne.

Sympa la vue du village

Sur ces considérations, nous marchons jusqu’au village voisin de Montroc, où nous plantons la tente en face de l’arrêt de bus qui emmènera mes camarades à Chamonix demain. Nous finissons les quelques restes dont nous disposons, puis partons nous reposer avant le dernier jour de notre voyage.

Jour 7 — Dernière ascension jusqu’au Lac Blanc

  • Distance : 23 km
  • Temps de marche : 4h15
  • D+ : 1400m
  • D- : 1700m
  • Altitude max. : 2390m
  • Calories dépensées : 3700 kcal
Photo du jour avant de laisser mes compagnons

Le réveil à Montroc est tranquille, nous ne sommes pas pressés. Après un petit-déjeuner frugal, je pars seul à l’assaut de la Flégère, à 1880m d’altitude. PH et Louis prendront le bus directement vers Chamonix.

La montée se déroule sans difficulté particulière. La météo matinale est brumeuse, donnant à la végétation mousseuse un air mystique. Le chemin débouche finalement sur une piste de ski, qui serpente jusqu’à la Flégère et le terminus des télécabines de Chamonix. Problème : il est 10h du matin et je n’ai pas du tout envie de redescendre de sitôt à la ville. Sur les conseils d’un couple d’habitués, je me motive à partir explorer le col de l’Index situé quelques 500m plus haut, et le Lac Blanc (“Ce serait bête de ne pas y aller maintenant que vous êtes monté jusque-là”).

La seule différence, c’est que mes guides empruntent le télésiège alors que je suis à pied. L’ascension des 500m jusqu’à l’Index est laborieuse et sans plaisir. J’ai besoin de 45 longues minutes et deux pauses goûter pour arriver jusqu’au sommet. Je me dirige sans plus attendre vers le Lac Blanc, mais c’est la déception : le panneau indique encore 1h15 de marche. Déterminé à déjeuner à Chamonix (il est presque 11h), je m’élance sur le chemin rocailleux plongé dans les nuages.

Le Lac Blanc sous le soleil / Le Lac Blanc sur lequel je tombe, pas si inoubliable. Pas de chance ! (Crédits photo de gauche : lesdeuxpetitsbaroudeurs.com)

Cette étape est bien plus amusante que la précédente, et je mange le trajet en une demi-heure seulement en courant dans les rochers dès que je peux. Le fameux lac est plongé dans la brume quand j’arrive, mais je ne m’en formalise pas. J’en fais le tour et reprends aussitôt le chemin vers la Flégère. Je retombe assez rapidement sous les nuages, où le même panorama que la veille m’attend. C’est une vue à couper le souffle sur le Mont Blanc dont je ne me lasse pas, et qui m’accompagnera jusqu’à destination.

La vue de la descente, qui me ravit (ça se voit)

Je descends en galopant assez vite, puis bifurque vers Chamonix. Encore un chemin forestier absolument charmant et rieur, dont les arbres ne s’écartent que pour me laisser admirer le sommet enneigé qui domine la vallée. Un régal.

Le Mont Blanc depuis la forêt / Le chalet-restaurant de la Floria. Ça ne donne pas envie de s’attabler ?

Une fois les 1300m D- pliés, je retrouve mes deux compères dans le centre de Chamonix. Je suis content de les voir et ne réalise pas que le périple s’achève officiellement à ce moment, moins de six jours après l’avoir commencé aux Houches. Belle performance dont nous sommes fiers, malgré les petits bobos de chacun.

L’ambiance est électrique à Chamonix après une semaine d’animations, et surtout grâce au départ de l’UTMB dans l’après-midi. Nous nous installons à une terrasse pour déguster un plat de pâtes (chaud, le premier depuis quelques jours). Nous nous baladons ensuite jusqu’à se positionner une heure avant 17h et le grand départ.

L’écran géant installé place du Triangle de l’Amitié / La ligne de départ devant l’Hôtel de Ville de Chamonix

La foule est très enthousiaste, et nous avons vraiment le sentiment d’être au centre du petit monde du trail. Lorsque vient le départ et que Conquest of Paradise retentit, nous (surtout PH) sommes très émus. Assister au top du sommet mondial du trail !

PH retrouve le sourire après 3 pintes et une fondue

Nous trouvons ensuite refuge au Bar des Sports, pour brancher nos téléphones et regarder le course en direct en attendant que Louis aille chez le kiné. La première bière de la semaine nous enchante, comme les trois qui suivront dans la soirée.

Nous finissons à l’M, restaurant de spécialités du centre, avec un plat de fondue digne de ce nom. Lorsque nous en sortons vers 22h, repus, il fait nuit. Nous nous dirigeons tant bien que mal vers l’endroit indiqué par la serveuse pour bivouaquer, à savoir l’aire d’atterrissage des parapentistes. Nous montons les tentes fissa à la frontale et partons nous coucher sans plus attendre.

Jour 8— Le repos mérité à Chamonix

Ce matin-là, pas de réveil. Nous émergeons naturellement vers sept heures, par beau temps. Il est amusant de sortir de la tente au beau milieu de la ville, ou presque ! Pour une fois rien ne nous pousse à nous hâter, et nous plions le matériel une dernière fois.

Le réveil sur la piste de parapente

Nous nous installons dans un café du centre pour brancher nos téléphones devant la course et un café-croissant. Les athlètes ont couru toute la nuit, et ne sont maintenant qu’à “quelques” heures de l’arrivée. Le reste de la matinée ressemble à un week-end classique : nous faisons du lèche-vitrine devant les Salomon, Patagonia et autres enseignes multisport en bavant face aux nouveautés hors de prix.

Quand vient l’heure du déjeuner, nous engloutissons un burger et nous installons sur la finish line en attendant le meneur, François d’Haene. L’ambiance est survoltée, et la demi-heure d’attente passe vite. L’arrivée du sportif, qui gagne son quatrième UTMB, est une explosion de joie pour les spectateurs regroupés pour l’occasion. Nous prenons notre dose d’énergie, puis nous dirigeons vers la gare routière d’où part le bus pour Lyon.

Bye Chamonix !

S’en suivront 4h de trajet calmes, puis un changement à Lyon pour le TGV. Arrivée prévue ce soir à 22h à Paris, soit quasiment 8 jours pleins après notre départ. Nous rentrons exténués mais des étoiles dans les yeux de la semaine éprouvante que nous venons de vivre. L’expérience nous a tellement plu que nous sommes motivés à nous mettre au trail plus sérieusement ! Affaire à suivre sur Strava…

Chiffres-clés de l’aventure

  • Distance à pied : 173 km
  • Temps de marche : 44h
  • Jours de marche : 6 jours
  • Dénivelé : 9500m D+ / 9700m D- (il manque officiellement une étape à la fin pour revenir aux Houches)
  • Calories dépensées par jour en moyenne : 4350 kcal
  • Pays traversés : 3
  • Genoux en vrac (sur 6) : 3
  • Prix du saucisson en Suisse : 15 CHF (14€)
  • Nombre de paquets de Tuc consommés (par personne) : 4
  • Nombre de paires de chaussures de marche (pour 3) : 4
  • Douches prises (pour 3) : 1

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BONUS : Le matériel

Au départ de Paris, voici ce que nous avons emporté :

Essentiels

  • Sac à dos 40L (suffisant mais mes compagnons étaient équipés de 55L, plus pratiques)
  • Sac de couchage 10°c (un 5°c aurait été plus confortable, j’ai passé quelques nuits habillé de pied en cap…)
  • Matelas gonflable
  • Tente : je ne peux que recommander celle que PH nous a fait acheter, hyper légère et sans arceaux (soutenue par les bâtons)
  • Oreiller gonflable (pas nécessaire mais extrêmement appréciable)
  • Housse de sac étanche (si pas déjà intégrée au sac)
  • Sifflet (inclus sur les sacs de mes camarades)
  • Jet Boil (ou un réchaud)
  • Bonbonne de gaz
  • Briquet (inutile)
  • X-Mug (un mug en plastique rétractable de chez Sea To Summit très pratique pour les infusions) et couverts de rando
  • Couteau suisse
  • Bouteille en plastique de 1,5L + gourde de 500ml
  • Gourde filtrante (pas beaucoup d’utilité vu l’abondance de sources portables sur le chemin)
  • Sacs poubelles et Ziplocs
  • Gel hydroalcoolique
  • Premiers soins
  • Frontale
  • Anti-moustique
  • Crème solaire
  • Lunettes de soleil
  • Brosse à dents (les vrais la scient en deux pour gagner du poids et de la place… je ne suis pas encore à ce niveau) et dentifrice
  • Savon de voyage
  • Coupe-ongles et pince à épiler (peut servir pour retirer des échardes ou assimilé)
  • Papier toilette
  • Serviette microfibre (une de taille moyenne suffit)
  • Boules Quies et masque pour dormir (pratique quand on dort sous un lampadaire…)

Vêtements et accessoires

  • Gants
  • Bonnet
  • Chapeau ou casquette
  • Buff (que j’ai personnellement acquis en cours de route, comprenant alors l’IMMENSE utilité de cette objet)
  • Chaussettes x3 (2 paires de marche, 1 paire de nuit plus chaude)
  • Sous-vêtements x2 (oui, c’est peu…)
  • Short léger de sport
  • Tshirts techniques x2
  • Tshirt et collant longs pour le camp (de préférence en mérinos)
  • Polaire
  • Doudoune
  • Coupe-vent étanche (indispensable)
  • Chaussures de rando (hautes de préférence)

Nourriture

  • Barres Feed x12 (meilleur rapport poids/calories)
  • Abricots secs 500g
  • Compotes en gourde x10
  • Cliff Bars x4
  • Lyophilisés x4 (un repas chaud le soir change la donne. Quand il n’y en a plus, il faut faire les courses)
  • Pâtes de fruits
  • Infusions (léger et c’est bon pour le moral)

Pas nécessaire

  • Liseuse (accessoire mais j’ai apprécié bouquiner certains soirs) et journal + stylo

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